10 jours avec le Seeker (Apache 4 Pro) : le retour d’expérience de VNF sur le canal du Rhône à Sète

Voies navigables de France (VNF), l’organisme public gestionnaire du réseau fluvial national, assure le suivi bathymétrique régulier d’une voie d’eau couvrant près de 100 km, entre le Gard et l’Hérault. Ce suivi, réalisé habituellement à la vedette hydrographique multifaisceaux, permet notamment d’encadrer les opérations de dragage — préventives ou en cours.
 
Au début de l’année, la vedette tombe en panne pour une durée indéterminée. Plusieurs levés urgents sont pourtant planifiés : suivi d’un dragage en cours à l’embouquement de Saint-Gilles dans le Gard, et dragage prévisionnel à Palavas-Les-Flots dans l’Hérault, où le Lez et le Canal ont subi un envasement important cet hiver.

« On avait plusieurs levés urgents à faire, soit pour du suivi de dragage en cours, soit pour du dragage prévisionnel. Il fallait trouver une solution », explique Rémi Molaro–Maqua, Responsable Hydrographique à l’Unité Territoriale d’Itinéraire du Canal du Rhône à Sète.

Deux options sont envisagées : faire appel à un prestataire extérieur, ou louer un drone bathymétrique. « On était déjà en réflexion sur le renouvellement de notre matériel bathymétrique. C’était donc l’occasion de voir du matériel innovant en louant un drone pour le tester en conditions réelles », précise-t-il.


La mise en place

Rémi Molaro–Maqua prend contact avec Subtop. « Ça s’est fait très vite. J’ai appelé Thalia pour demander si le drone était disponible, et il l’était dès la semaine suivante. »

Léa Le Gall, Formatrice et Technicienne Hydrographe au Support Technique de Subtop, nous livre le drone dès le lundi suivant et assure une journée de formation complète.

« La formation était complète et concise, ce qui a permis une prise en main assez rapide. Dès le lendemain, on travaillait sans l’aide de Léa », témoigne Rémi Molaro–Maqua. Sur les dix jours de location, il n’aura besoin de la rappeler que deux à trois fois pour des précisions complémentaires.

« Sur une journée de formation, il y a beaucoup d’informations, on passe forcément à côté de certaines choses. Mais globalement, c’est un outil compact et simple d’utilisation. Sur un bateau classique, il faudrait plus d’une journée pour réussir à faire un levé, avec tellement de branchements. Là, la prise en main est vraiment rapide. »

Sur le terrain : trois modes opératoires selon la configuration

L’équipe a adapté son organisation selon la nature des zones à lever :
Pour les linéaires, malgré la longue portée de la télécommande, pour des raisons de sécurité, le drone est suivi en voiture ou à pied, le pilote télécommande en main, pendant qu’un second opérateur conduit le véhicule. « On a une zone d’activité large, environ 100 km. Le drone a l’avantage d’être déployé facilement d’un bout à l’autre : un jour dans le Gard, le lendemain à 100 km dans l’Hérault. Et ça rentre dans un coffre de voiture », souligne Rémi Molaro–Maqua.

Depuis un point en hauteur, comme le poste de commande de l’écluse de Saint-Gilles (à 7 m de hauteur), l’opérateur bénéficie d’une vue dégagée sur l’ensemble de l’embouchure. « C’est une sorte de perchoir qui permettait d’avoir une vue bien dégagée sur le drone pour lever tout l’embouquement. »

Sur les zones à risque, notamment à l’embouquement de Saint-Gilles où le comportement du drone face au courant du petit Rhône était incertain, une petite barque a été mise à l’eau en accompagnement. « Par sécurité, on a mis un opérateur à l’eau sur un bateau. On ne savait pas trop comment le drone réagirait dans le courant et finalement tout s’e

Les données : qualité comparable, voire supérieure

« On avait des données similaires à ce qu’on obtient d’habitude avec notre matériel, voire de meilleure qualité », constate Rémi Molaro–Maqua. Le sondeur de la vedette a en effet une dizaine d’années, d’un modèle qui en compte une quinzaine.
Un point de vigilance cependant : le pilotage à distance rend plus difficile l’approche précise des berges. « Plusieurs fois, on s’est rendu compte qu’on n’avait pas réussi à s’approcher suffisamment des bords. Sur un bateau, le pilote voit directement le plan d’eau depuis son poste de pilotage. » 
 
L’atout inattendu : des zones enfin accessibles
L’intervention la plus marquante a eu lieu sur un autre embouquement du côté de Beaucaire, habituellement inaccessible à la vedette : une drome à l’entrée, un faible tirant d’eau, une végétation aquatique dense et de nombreux obstacles rendent la zone impraticable pour un bateau classique.
« D’habitude, on y va avec une petite barque et un sondeur monofaisceau. On a des données relativement partielles, peu denses. Là, c’est la première fois qu’on a pu effectuer un levé au multifaisceaux dans cette zone. Les données sont bien plus intéressantes que ce qu’on avait habituellement. »
 
Pour Rémi Molaro–Maqua, cela confirme le positionnement du drone : « Les zones à faible tirant d’eau ou difficiles d’accès, je trouve que c’est vraiment là où c’est un bel outil. »

Les points de vigilance identifiés

La mise à l’eau du drone reste le principal point d’amélioration soulevé. Sans équipement de levage adapté (potence ou chariot), l’opération se fait à la force des bras depuis les pontons ou les berges. « Ce n’est pas impossible, c’est une affaire de quelques minutes, mais ça n’était pas toujours évident et il y a quand même quelques risques pour les opérateurs surtout sur les berges abruptes. »
 
La solution envisagée : un treuil articulé monté dans un véhicule utilitaire. « Ça peut être corrigé avec un véhicule adapté et un système de levage. D’autant que l’intégralité de notre réseau est longée par un chemin de halage carrossable, donc on pourrait y accéder partout en voiture. »
 
Autre point à anticiper pour une utilisation estivale : la cohabitation avec les autres usagers de la voie d’eau. « On a utilisé le drone en mars, là où la navigation touristique n’est pas à son maximum. L’été, sur ce type de canal, c’est très fréquenté. Les touristes n’ont pas forcément de permis de navigation. Et le retour qu’on a eu des pilotes de péniches, c’est qu’ils ne voient pas le drone. Un convoi de 50 mètres, une péniche de 100 mètres — un drone d’un mètre sur l’eau, ça ne se voit pas. »

Bilan : un outil complémentaire, pas un remplacement

Pour Rémi Molaro–Maqua, la configuration idéale reste l’association des deux moyens. « On fait du suivi annuel toutes saisons. On a besoin d’un certain confort de travail — le chauffage, la clim, notre bureau dans le bateau. C’est quelque chose que le drone ne propose pas encore, sans logistique adaptée derrière. »

Pour autant, la location aura rempli ses deux objectifs : répondre à l’urgence opérationnelle, et tester le matériel en conditions réelles. « On a quand même fini par intervenir dans des zones non accessibles habituellement. Ce n’était pas l’objectif premier, mais on s’est rendu compte que ça pouvait le faire, et on en a profité. »

Une expérience qui nourrit désormais concrètement la réflexion à propos de cette technologie.
« Merci à Subtop pour leur réactivité et la qualité du service »


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